Claro, traducteur de l’impossible

Publié: 27 septembre 2011 dans Information

2011- Seneffe - F. Wuilmart - Claro

Lors de la séance de clôture du Collège des traducteurs au Petit Théâtre du Château de Seneffe le 27 août 2011, Françoise Wuilmart a interviewé le traducteur Claro. Et puisqu’on le surnomme le traducteur de l’impossible, elle lui a d’abord demandé pourquoi il écrivait et traduisait. Claro n’a jamais cessé d’écrire depuis l’enfance, c’était chez lui une « manie », une sorte de rapport pathologique au langage aussi bien littéraire que quotidien. L’écrivain a sa langue dans la langue, avec ses particularités et son style. Et il faut sortir de ce piège sous peine de se parodier soi-même ! De « faire du Claro », par exemple ! Avec la traduction, le dédoublement est passionnant, c’est un autre devenir, une remise en question. Mais Claro ne se pose pas trop de questions sur sa pratique traduisante : il attend que le livre lui donne sa méthode ! Par exemple, pour sa traduction du roman de John Barth « Le courtier en tabac » dont l’action se situe au XVIIIème siècle et est racontée dans une langue d’époque, il a « appris » cette langue à force de lectures de textes français de ce siècle-là, d’imprégnation et d’acquisition de mécanismes ce qui lui a permis, dès le premier jet, de parler la langue du texte. La traduction n’est pas un greffon du texte mais son mouvement naturel de voyage, de passage d’une langue à l’autre. Traduire en français, c’est fabriquer de la littérature française. C’est une destruction pour une création. Le texte doit se dissoudre pour réapparaître sous une forme nouvelle.

Est-ce par goût de la difficulté que Christophe Claro a choisi de traduire aussi surprenant que Thomas Pynchon ? Il aime en effet traduire des textes difficiles, de gros livres et des phrases complexes. Mais il choisit ses difficultés ! Le traducteur ne traduit pas de l’anglais mais du Pynchon ! Il faut pénétrer le texte de façon sensitive et avoir de l’empathie avec lui ! Pourtant Claro demande peu de conseils à ses auteurs. Il ne cherche pas à savoir ce qu’ils ont « voulu » dire, ils l’ont dit, c’est tout. Au traducteur de se débrouiller ! Par contre, il est très sensible à la voix de ses auteurs et aime les entendre parler.

Peut-on tout traduire ? Non, bien sûr, certains textes nous parlent plus que d’autres et Claro n’hésite pas à raconter ses moments de doutes lors de la traduction des mémoires de Margaret Thatcher ! Mais il pense que peu de texte sont intraduisibles. Pour lui, l’intraduisible est un mythe ! Un truc d’escroc ou de faussaire. Lorsqu’il a dû traduire un roman de 8314 vers en tétramètres iambiques, il a « fabriqué » un nouvel objet littéraire en alexandrin !

Le traducteur doit jeter très vite et très loin son égo, il doit apprendre à être caméléon et humble. Le texte est plus intelligent, c’est lui qui dicte sa loi au traducteur !

Christine DEFOIN

  • Claro a traduit Jack Cannon, Eric Knight, Sandra Scoppettone, Salman Rushdie, Thomas Pynchon, Dennis Cooper et bien d’autres !… Parmi lesquels :
  • John BARTH, Le Courtier en tabac, Le serpent à plumes, 2002 (Prix de la traduction Maurice-Edgar Coindreau 2003)
  • Il est l’auteur de nombreux romans comme Éloge de la vache folle ou Chair électrique et d’essais sur la traduction. A lire absolument : Le Clavier cannibale, Editions Inculte, coll. « Temps réel »,2009.
  • A consulter, le blog de Claro : http://towardgrace.blogspot.com/
  • Un article de Pierre Assouline à propos de Claro : http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/05/18/claro-un-traducteur-est-un-ecrivain/
  • Pour en savoir plus sur Thomas Pynchon, le site non autorisé : http://www.thomaspynchon.com/
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